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L’engagement paradoxal scottien, ou comment réconcilier l’irréconciliable
Walter Scott est par nature un homme de l’entre-deux, un médiateur comme le reconnaît David Daiches dans son article « Scott and Scotland » paru en 1973. Son esprit conciliateur, fruit de son tempérament, mais aussi de son éducation calviniste et de son époque, façonne toute sa création littéraire. Est-ce que choisir de ne pas choisir est une forme d’engagement ? Cet article cherche à comprendre l’engagement presque obsessionnel de Scott pour la cause du juste milieu à travers une analyse de ses origines. Il s’efforce de définir cette philosophie du milieu propre à Scott, et ainsi qualifiée de scottienne, pour en analyser ses forces et ses limites. Cette position médiane est en effet très précaire et elle ne trouve son plein épanouissement que dans l’esthétique du désengagement adoptée par l’auteur. Cette dernière consiste en fait en un engagement farouche pour la pluralité et la tolérance. -
L’Essay on Woman dans la carrière de John Wilkes : le basculement de l’œuvre ouverte au lecteur vers le discours médiatique
Plusieurs publications récentes apportent un éclairage nouveau sur la figure paradoxale d’un des plus célèbres mauvais garçons de la politique et de la littérature britannique au dix-huitième siècle, John Wilkes (1727-97). « [A] political maverick of witty and wicked reputation », sous-estimé à ce titre par les historiens, résume en 1996 Peter D. G. Thomas dans sa biographie, John Wilkes : A Friend to Liberty ; « The Scandalous Father of Civil Liberty », propose quant à lui Arthur Cash dans l... -
L’évolution de la perception de la France et des français en Caroline du Sud à l’heure des révolutions française et de Saint-Domingue 1789-1804
Cet article s’intéresse à la perception de la France et des Français en Caroline du Sud entre 1789 et 1804, en étudiant comment, à Charleston en particulier, celle-ci évolue au gré de la radicalisation des révolutions française et de Saint-Domingue. Il analyse la façon dont les idéaux égalitaires d’inspiration française s’exportent en Caroline du Sud et sont accueillis par la population locale, avant d’examiner combien ils fragilisent l’ordre socio-racial établi, déjà fortement contesté par la crise démocratique que l’État traverse. Il montre enfin que bien qu’elles déstabilisent la Caroline du Sud, les révolutions française et de Saint-Domingue surviennent au moment où l’État exprime un fort regain d’intérêt pour la main-d’œuvre esclave dans laquelle il voit un moyen d’assurer non seulement sa réussite économique, mais également son unification politique et idéologique. -
L’implication populaire dans le processus de ratification constitutionnelle du Massachusetts
La société coloniale du Massachusetts est initialement hiérarchisée et l’on peut observer des différences sociales et politiques entre une élite, formée des pasteurs ainsi que des laïcs convertis, et une masse croissante de non-convertis. Un premier processus de démocratisation intervient sous l’effet du Grand Réveil. C’est cependant avec les débats de ratification de la constitution de 1780 que s’atténuent progressivement les distinctions entre l’élite et la masse des nouveaux citoyens. Le troisième article de la constitution affirme l’égalité entre les Églises et exige de tous une contribution au fonctionnement du culte. -
La « médiocrité dorée » dans l’œuvre austenienne : des « middle ranks » à l’émergence de la « middle class » ?
Composée à une époque où s’opère le glissement paradigmatique du concept de « rank » à celui de « class », l’œuvre romanesque de Jane Austen (1775-1817) met subtilement en scène les mutations sociales inhérentes à l’avènement d’un nouvel ordre économique et financier, en dehors des relations traditionnelles de déférence ou de patronage. Les notions de « médiocrité dorée » et de « classes moyennes », associées à l’idée de « vertu », soulèvent ainsi de nombreuses questions de définition et de représentation dans ses romans. Si, dans Emma, l’on perçoit les frémissements des « middling classes of society », voire d’une « middle class » dans le rapport des personnages à la consommation et à la sociabilité, dans leurs stratégies afin de gagner en visibilité ou de s’approprier certaines prérogatives de la gentry, c’est dans Persuasion que le concept de « rank » devient un signifiant creux, sauf au sein de la marine, dont les représentants apparaissent forts de leurs victoires décisives et conscients de la légitimité de leur pouvoir. -
La couleur rhétorique au xviiie siècle, entre esthétique et èthos oratoire idéal. Comment la critique de Milton poète en porte témoignage
La couleur rhétorique désigne chez Cicéron et Hermogène une tonalité générale du discours, dont l’èthos s’oppose aux séductions de l’imagination. Quand le pathétique et le sublime unissent poésie et éloquence après la Renaissance, la couleur excède l’ornementation des styles. Au xviiie siècle en Grande-Bretagne, sa puissance réflexive nourrit l’esthétisation de la rhétorique. Le belle-lettriste Adam Smith transforme l’ornement en couleur d’inventio, le style en écriture. La critique de Milton témoigne d’une labilité inédite entre èthos oratorial, logos discursif, pathos auditorial. Les rhétoriciens classiques relèvent les couleurs sublimes du poète, les néo-rhétoriciens sa précision. Addison et Blair définissent un style miltonien précis et sublime où la couleur esthétise les figures. Sa difficulté achoppe sur l’allégorie « Sin and Death ». Chez les premiers romantiques l’elocutio se fait couleur de l’imagination, Milton surfiguration du poète orateur dont l’èthos idéal prophétise la rhétoricité. Imprégnée d’enargeia, la diction des couleurs naturelles engage l’indétermination du sens. -
La Fondation de la Nouvelle-Néerlande : Entre la mesure des excès et l’excès de mesures
L’histoire de la Nouvelle-Néerlande, cette petite colonie néerlandaise, coincée entre la Nouvelle-Angleterre et la Virginie, au cœur de l’empire anglais en Amérique du Nord, a longtemps été ignorée par l’historiographie du fait de sa brève existence d’une quarantaine d’années et de l’importance que prit l’histoire de la colonie anglaise de New York. Or, cette colonie a su se démarquer par sa pratique typiquement néerlandaise de la tolérance. Si certains y virent la raison principale de sa perte, cette pratique doit plutôt être perçue comme l’art de la dissuasion ou de la connivence, qui servit à établir un ordre social dans cette jeune société coloniale partagée entre son penchant pour les excès et l’autoritarisme de ses gouverneurs. -
La force du commerce
Quand William Temple, ambassadeur anglais à La Haye, soutient que les Hollandais sont parvenus à surmonter leurs divisions religieuses par la « force du commerce » (the force of commerce), il n’emploie pas seulement le terme de commerce au sens classique d’interaction sociale, mais il implique aussi de manière centrale l’échange et la relation économique, comme il le montre abondamment dans ses Observations upon the United Provinces of the Netherlands (1673). Suggérant que ses compatriotes an... -
La Position des puritains face aux familistes à la lumière de l’orthodoxie protestante au xvie et au xviie siècle
Les puritains ont fortement critiqué l’autorité ecclésiastique de l’Église romaine, qui seule détenait le monopole de l’interprétation des Écritures. Selon les puritains, en effet, tout croyant, lettré ou illettré, avait le droit de lire la parole de Dieu par lui-même, puisque le Saint-Esprit était avec lui pour le guider et lui inspirer le bon discernement. Cette doctrine d’illumination a amplement contribué à forger l’orthodoxie de la théologie protestante, à laquelle les puritains devaient se conformer. Toutefois, en critiquant la Famille d’Amour, jusqu’à considérer les adeptes de cette dernière comme étant non chrétiens, les puritains sont tombés en contradiction avec eux-mêmes. Cet article propose une étude de ces contradictions, souvent négligées par les historiens, en analysant la relation conflictuelle entre les puritains et les familistes, et tente de démontrer comment ces derniers ont utilisé ces contradictions pour contrecarrer leurs détracteurs puritains et légitimer leur foi. -
La promotion du commerce et du travail dans les romans d’Eliza Parsons et de Jane Austen
Contrairement à l’affirmation selon laquelle « la littérature ne saurait être l’affaire de la vie d’une femme », l’intérêt commun d’Eliza Parsons et de Jane Austen pour le succès commercial de leurs romans montre que la littérature était bien devenue l’affaire des femmes à la fin du xviiie siècle, que l’on comprenne le terme business dans son acception ancienne qui inclut l’ensemble des relations sociales, amicales ou affectives, ou alors en lien direct avec le commerce des écrits. Une analyse comparative de certaines de leurs œuvres révèle la volonté que ces romancières avaient d’améliorer leur condition par leur engagement dans l’économie marchande, mais aussi de promouvoir les valeurs caractéristiques des classes moyennes, tels l’éloge du travail, le courage, la réussite et le mérite. Leurs origines sociales et culturelles différentes expliquent cependant leurs préférences idéologiques : alors que les romans d’Eliza Parsons font l’apologie du commerce et de ses représentants, Jane Austen se concentre sur le monde des professions, défendant, dans Persuasion, les valeurs portées par la marine. -
La reconstruction du passé anglo-écossais par les premiers historiens whigs de l’Union (1707)
À la différence des autres historiens de leur époque, Daniel Defoe (1660-1731), Abel Boyer (1667-1729) et Sir John Clerk of Penicuik (1676-1755) évoquent longuement les relations anglo-écossaises antérieures à l’Union de 1707. Whigs et unionistes, ces auteurs sont enclins à noircir le passé anglo-écossais préunioniste afin de mieux souligner la nécessité d’un rapprochement entre l’Angleterre et l’Écosse. S’ils tombent parfois dans les travers méthodologiques dénoncés par Herbert Butterfield, ils proposent une interprétation authentiquement whig du passé anglo-écossais, qui assigne un rôle central au concept de liberté, même si elle diffère de l’interprétation whig-libérale victorienne de ce passé par l’importance qu’elle accorde à la Providence. -
La Rumeur et le portrait de Lovelace: Formes et fonctions de la parole diffusée dans Clarissa
Insistante, diffuse, la rumeur joue dans Clarissa un rôle prépondérant. En parallèle à l’enchevêtrement des lettres qui composent le recueil épistolaire, savamment orchestrée par le libertin Lovelace, la rumeur est l’instrument d’une communication qui pour être indirecte n’en est que plus efficace. Cet article met en évidence la place de la rumeur dans l’élaboration du portrait du libertin. Il souligne le dynamisme et les formes qu’emprunte la communication indirecte dans le roman ainsi que la part de la domesticité dans ce processus. Il analyse l’économie toute particulière dont relève la rumeur avant d’observer le récit rumorologique au travail dans l’affaire dite Rosebud. -
La vierge, la sorcière et le magistrat
Elizabeth Canning, jeune domestique londonienne, fut portée disparue en janvier 1753 et prétendit avoir été séquestrée par Mary Squires, une bohémienne, dans la maison dʼune proxénète notoire. Écrivain et magistrat, Henry Fielding s’impliqua en sa faveur, mais lʼinvraisemblance du récit de Canning et les témoignages en faveur de Squires éveillèrent les soupçons du juge et lord-maire Sir Crisp Gascoyne, qui la fit condamner pour parjure en 1754 et déporter en Amérique. Fielding publia A Clear State of the Case of Elizabeth Canning en avril 1753 afin de faire la lumière sur les éléments du dossier. Toutefois, mu par sa compassion envers Canning, Fielding reprenait partiellement les figures de la vierge et de la sorcière omniprésentes dans le traitement médiatique de lʼaffaire, rapprochant les deux femmes de personnages fictionnels, tout en envisageant avec réticence lʼéventualité que la folie ou le vice puissent se dissimuler sous le masque de l’idéal féminin contemporain. -
Laure Blanchemain-Faucon, L’Imagination féminine chez Frances Burney
Tout semblait avoir été dit sur Frances Burney depuis la redécouverte des romancières anglaises du XVIIIe siècle et les rééditions de ses romans. Mais dans ce qui fut vraisemblablement sa thèse, Laure Blanchemain-Faucon aborde son œuvre romanesque par l’étude de l’imagination, de ce qu’elle révèle des personnages et de leur auteur, en s’appuyant sur l’idée maîtresse des féministes Gilbert et Gubar selon laquelle les romancières du XIXe siècle ne parvenaient pas à s’affranchir totalement des c... -
laurens van apeldoorn and robin douglass eds., Hobbes on Politics & Religion
Ce volume collectif regroupe quinze communications présentées lors de deux ateliers successifs tenus en 2015, respectivement à King’s College et à l’université de Leyde, qui ont marqué le lancement de la European Hobbes Society (http://www.europeanhobbessociety.org/). Son but est de créer un espace d’échanges entre spécialistes de Hobbes, qu’ils soient déjà bien établis ou qu’il s’agisse de jeunes chercheurs. Contrairement à ce que son nom donnerait à penser, la European Hobbes Society n’est ... -
Le jaune chez Turner : Une étude matérielle
Les contemporains de J.M.W. Turner ont souvent exprimé leur stupéfaction face à son usage hyperbolique et expérimental de la couleur jaune. Repris par la suite comme un des points d’entrée principaux des discours critiques sur son œuvre, l’étude de la couleur chez Turner a pourtant souvent laissé de côté sa dimension matérielle. Cet article propose de revenir sur l’importance du jaune chez Turner, moins en tant que couleur, qu’en tant que pigments et donc substances dotées d’une valeur marchande et épistémologique. -
Le Journal de Gouverneur Morris pendant la Révolution française. Tome premier (1789)
Gouverneur (de son prénom) Morris, avocat et homme d’affaires new-yorkais à la jambe de bois, membre de la Convention de Philadelphie en 1787, séjourne en France de 1789 à 1794, tout d’abord pour des motifs personnels, avant d’être nommé ministre plénipotentiaire par George Washington en janvier 1792. Le journal qu’il rédige assidument pendant son séjour français est une source importante pour ceux qui étudient l’ère des Révolutions. Aux États-Unis, le regain d’intérêt pour ce Père fondateur ... -
Le leurre du « violone » dans The Concert de Sir Peter Lely : les sources intimes de l’harmonie
The Concert, tableau de Peter Lely (fin de la décennie 1640), offre la vision bucolique d’un concert dans une clairière, où un violiste et un flûtiste semblent jouer pour un groupe de quatre femmes, placées devant un élégant écran de tentures de velours. Si la présence saillante de la basse de violon suggère que le tableau représente un concert, le spectateur attentif détecte néanmoins que l’harmonie du tableau ne passe pas par l’élément musical, mais par une construction spatio-temporelle complexe. Les incohérences que l’on pourrait attribuer à la licence poétique – décor hésitant entre nature et espace intérieur, postures et costumes variés des femmes, absence de connivence entre les personnages – dévoilent à contre-jour, dans un esprit du plus pur baroque, que les apparences sont trompeuses. La musique, par l’entremise de cette basse aux contours féminins que caresse le personnage masculin, est ainsi le révélateur de l’émotion trouble du violiste dans toute sa théâtralité. -
Le rire interdit: portraits d’hommes d’Église chez Fielding, Smollett, Sterne et Goldsmith
L’ecclésiastique est une figure centrale du roman anglais du xviiie siècle, que ce soit comme théoricien du rire ou comme personnage confronté au rire des autres. Les auteurs de sermons latitudinaires tels qu’Isaac Barrow dressèrent les limites entre le rire légitime et recevable, fondé sur l’idée du ridicule, et les formes plus subversives de rire, dont les cibles sont les bossus et les boiteux moqués dans les jestbooks, ainsi que les « personnes de haute dignité » (Barrow). Des romanciers tels que Fielding, Smollett, Sterne et Goldsmith explorent des situations narratives dans lesquelles des hommes d’Église sont confrontés à un rire de dérision, non pas tant pour satisfaire une animosité personnelle et anticléricale que pour explorer les limites d’un humour qui, bien souvent, joue avec les interdits moraux. Chacun de ces romanciers propose son propre traitement du topos du prêtre moqué, en allant de la représentation théâtrale dans un récit à la troisième personne jusqu’à l’introspection dans un récit à la première personne, en ayant toujours soin, paradoxalement, de préserver la dignité de la profession. -
Le silence de la musique dans The Wanderer de Frances Burney
Les héroïnes de Frances Burney se réfugient souvent dans un silence volontaire qui contribue à une définition de leur féminité : souvent contrainte de se taire dans la société d’alors, la femme s’arroge dialectiquement le pouvoir du silence pour contester la violence (masculine) de la société. Dans The Wanderer (1814), dernier roman de Burney, l’héroïne Juliet, femme errante et musicienne exceptionnelle, érige son silence en une esthétique et sa musique apparaît comme une modalité possible du silence. Par son silence verbal comme par sa musique, Juliet établit un espace pour se retrouver en elle-même. Son silence musicalisé la protège et la refonde. Dans ce long roman bavard et prolixe, « faire silence » permet d’activer un principe esthétique de contraste, de rupture et d’écart. -
Lector auctorque in fabula : modèles d’écriture et modèles de lecture dans le roman godwinien
Cet article s’intéresse aux trois romans publiés par le philosophe, historien et romancier William Godwin entre 1794 et 1805 et veut montrer comment l’auteur et le lecteur modèles que construisent les romans et la relation auteur-lecteur qu’ils instaurent changent radicalement entre le début et la fin des années 1790, à mesure que Godwin devient un auteur professionnel « respectable » et que l’effondrement du mouvement radical le prive du lectorat populaire qu’il avait pu toucher d’abord.