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Ounjougou (Pays dogon, Mali) : une séquence à haute résolution pour le Paléolithique moyen d’Afrique sahélienne
L’Afrique de l’Ouest est actuellement totalement absente des débats portant sur le Middle Stone Age. Si des sites de cette période y sont décrits de longue date, leur contexte stratigraphique est souvent incertain ou inexistant. Tant en Afrique australe qu’en Europe occidentale, les progrès dans la connaissance de ces périodes reposent largement sur la construction d’un cadre chronologique général, de préférence corrélé aux variations paléoclimatiques globales et soutenu par des datations absolues. L’étude du complexe de sites de plein air d’Ounjougou (Pays dogon, Mali) ouvre ainsi une nouvelle perspective sur le MSA d’Afrique de l’Ouest. Près d’une trentaine de niveaux archéologiques de cette période ont en effet été identifiés au sein d’épais dépôts pléistocènes, principalement d’origine éolienne. Le recours systématique aux datations OSL a permis de caler cette puissante séquence sédimentaire et de dater indirectement les nombreuses occupations paléolithiques. Les plus anciennes occupations du MSA sont datées de la fin du Pléistocène moyen, autour de 150.000 ans. Elles deviennent plus nombreuses entre 80.000 ans et 25.000 ans, avec une concentration particulière au cours du stade isotopique 3. Comme habituellement en contexte de plein air, la densité des vestiges au sein de ces niveaux archéologiques est très variable et seule l’industrie lithique est conservée. Au-delà de la fréquence des occupations, l’originalité de cette séquence archéologique repose sur la diversité des industries lithiques, lesquelles se succèdent sans logique apparente. Débitages Levallois, discoïde, unipolaire, laminaire ou encore bipolaire sur enclume alternent ainsi tout au long de la séquence et on observe à plusieurs reprises des industries caractérisées par des pièces bifaciales foliacées. Si, pour leur majorité, les industries lithiques s’intègrent aisément dans le paysage du MSA ouest-africain, c’est surtout la diversité des traditions techniques et leur alternance rapide qui soulèvent des interrogations. Un tel rythme de changement trouve-t-il des équivalents régionaux ? A-t-il une signification particulière en termes de dynamique de peuplement pour l’Afrique de l’Ouest subsaharienne ? -
Pastoralist appropriation of landscape by means of rock art in Ennedi Highlands, Chad
Research into the Saharan rock art has from the very first day been linked to the question of how the people of the past managed to live in this environment. It was about the enigma of climatic conditions and cattle herders who obviously once inhabited regions that meanwhile have become uninhabitable desert. The first rock picture discovered by a European researcher was the “Apollon Garamante” showing two masked persons on the side of cattle (Barth 1857: 210). This made the discoverer Heinrich Barth wonder about the possibilities of keeping cattle in this region, the Libyan Messak Settafet, and the necessarily more advantageous former climate (ibid.: 215-218). At this juncture, it is worth noting that there is ubiquity of cattle in Saharan rock art on the one hand, but, on the other hand, that the “green Sahara” never was anything like the deep green meadows of Europe. Accordingly this land never sustained permanent habitation that could settle in a certain place for centuries (except for the oases), even if the economic system would not have necessitated mobility such as in a hunter-gatherer economy. Therefore this paper seeks to elucidate the hypothesis that the appropriation of the land and the advertisement of identities by prehistoric Saharan pastoralists of the Ennedi Highlands were not effectuated by settlements and built structures but through rock art in various expressive forms. -
Perdus dans l’espace ? Reconstituer les chantiers archéologiques de Frank Willett à Ita Yemoo, Ile-Ife, Nigéria : fouilles de sauvetage (1957-1958) et tranchée XIV (1962-1963)
Entre décembre 1957 et janvier 1958, Frank Willett dirigea une fouille de sauvetage à Ita Yemoo, Ile-Ife (Nigéria), afin d’apporter un éclairage scientifique sur la découverte fortuite par les ouvriers d’un chantier de construction d’un groupe de rares artefacts en laiton. Ita Yemoo allait se révéler être un site archéologique majeur, et F. Willett y poursuivit ses travaux de 1958 à 1963. Le site devint fameux pour ses « bronzes » et pour plusieurs têtes en terre cuite découvertes in situ, élevées au rang d’icônes de l’art d’Ife durant sa période de « florescence » entre les xiiie et xive siècles de notre ère. Son renom contraste cependant avec l’absence de publication détaillée de son archéologie. Dans cet article, nous faisons usage de photographies, croquis et notes de terrain extraits d’un fonds d’archives, riche mais encore peu connu, légué par Frank Willett à l’université de Glasgow ; notre objectif est de reconstituer les détails de sa première saison de fouilles sur ce site, interpréter ses observations et proposer une réflexion sur la nécessité de redécouvrir et de publier les archives oubliées du patrimoine archéologique de l’Afrique. -
Perles d’Afrique, des données archéologiques aux objets actuels : utilisations et symbolisme à travers l’exemple des perles du Cameroun
La thèse est consacrée à l’étude diachronique des perles en Afrique. Leur production est avérée depuis près de 100 000 ans. Elles sont fréquemment trouvées en contexte funéraire, plus rarement en prospection et dans des sites d’habitat protohistoriques et historiques du fait de leur récupération par les populations locales actuelles. La permanence de la fabrication et l’intérêt pour les perles anciennes conduisent à s’interroger sur les causes de cet engouement si durable sur le continent. Po... -
Perles et tissus. Les instruments monétaires au Katanga
À la fin du xixe siècle, les Luba du Katanga (République Démocratique du Congo) utilisaient des perles de verre comme monnaie. Ces objets exotiques, fabriqués en Europe, arrivaient chez eux par l’intermédiaire du commerce interrégional, en même temps que d’autres objets, parfois utilisés ailleurs comme monnaie, tels les tissus de raphia. Nous examinerons les différents usages des perles chez les Luba, partie intégrante d’un système complexe généralisé à l’Afrique centrale. Séparées en plusieurs catégories, elles étaient utilisées pour des transactions commerciales, des échanges sociaux (compensations matrimoniales) et des usages décoratifs et symboliques. -
Pierres dressées chez les Hadiya du sud de l’Éthiopie
Dans le sud de l’Éthiopie, des milliers de stèles en pierre se dressent par groupes plus ou moins importants. Si les plus anciennes sont vieilles d’un millier d’années, d’autres sont actuelles. Alors que les premières ont fait l’objet de plusieurs études ces dernières années, les autres sont restées le plus souvent dans l’oubli. Ainsi en est-il des stèles des Hadiya, complètement passées inaperçues alors que morphologiquement elles se rapprochent des stèles phalliques du Sidamo et des stèles anthropomorphes du Soddo. Leur étude, comme celle des stèles Konso ou Arsi, peut apporter un éclairage utile à la compréhension de celles du passé. -
Poterie et histoire au temps des grands empires ouest-africains
Les études céramiques reposent encore bien souvent sur l’analyse des seules variables morphologiques et ornementales des récipients. Formes et décors sont ainsi considérés comme des témoins privilégiés de l’identité des communautés anciennes. Il résulte généralement de ce type d’approche méthodologique une continuité stylistique préconçue. Cette dernière caractérise la plupart des assemblages céramiques issus des grands centres urbains historiques ouest-africains, qui se sont développés ... -
Poupées sur métapode de ruminant
Dans l’étude des restes de faune archéologique, les métapodes de ruminant méritent de retenir davantage l’attention. Grâce à la continuité de la séquence d’occupation qui relie sur le Haut-Congo la période du Kisalien classique (ixe-xiiie siècles) aux populations luba actuelles, et sur base de parallèles ethnographiques, il a été possible de montrer que ces os y avaient très vraisemblablement servi de poupées. À partir d’exemples ethnographiques de diverses régions d’Afrique, on constate qu’ils sont soit laissés bruts, habillés ou non, soit modifiés pour y adjoindre des éléments de parure. De telles poupées sont utilisées comme jouets. Elles sont aussi considérées comme favorisant la fertilité des jeunes femmes. L’ethnographie permet ainsi de mieux interpréter la présence d’os similaires dans le Néolithique européen et l’Âge du Bronze au Levant, et d’éclairer les pratiques et les croyances anciennes dans différentes régions du monde. -
Pour une histoire des peuplements pré- et protohistoriques du Sahel
Ce plaidoyer pour une histoire des peuplements pré- et protohistoriques du Sahel comprend cinq étapes dans lesquelles il s’agira : 1) de faire le point des connaissances concernant les langues de la région considérée et d’examiner s’il est possible de caler chronologiquement l’individualisation des différentes familles composant les phylums identifiés ; 2) d’établir certaines corrélations entre l’approche génétique proposée par Petr Triska et ses collègues (2015) et les familles linguistiques retenues et de voir si un calage chronologique est envisageable ; 3) de faire le point des connaissances archéologiques permettant d’étayer les corrélations établies entre données linguistiques et génétiques et de conforter le cadre chronologique proposé ; 4) de reprendre l’histoire des différents phylums dans la perspective des données génétiques ; 5) de proposer une histoire des peuplements tenant compte du découplage possible entre diffusion de l’élevage et mouvements de populations et, pour ces derniers, une certaine corrélation avec des phases de dégradation climatique. -
Pourquoi un « cahier Koumbi Saleh » ?
Wagadu/Ghana est au cœur des traditions parlées et chantées de l’Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui encore, et peut-être plus qu’au début du XXe siècle, ce moment de l’histoire est perçu en Afrique de l’Ouest comme un « âge d’or », celui où une entité politique unissait les peuples du Sud du Sahara aujourd’hui séparés, parfois divisés, par des frontières. Wagadu/Ghana est aussi, vu de l’Occident, le lieu d’un pan de l’histoire africaine tôt dévoilé, au milieu du XIXe siècle, par la publication ... -
Pratiques funéraires dans le mégalithisme sénégambien : décryptages et révisions
À l’occasion de la fouille du site de Wanar, la reprise, dans une problématique anthropologique, de quelques documents anciens sur le mégalithisme sénégambien montre la complexité et la variabilité des pratiques funéraires. Des indices directs et indirects de constructions présentes autour du ou des cadavres profonds peuvent être interprétés comme de possibles « maisons des morts ». Dans au moins un cas, des arguments anthropologiques existent pour un maintien de l’accès à la structure funéraire. Des morts d’accompagnement sont présents dans certains monuments, mais cela ne semble pas être la majorité des cas rencontrés. Ailleurs, des fosses relativement étroites contiennent de nombreux corps « frais » déposés simultanément, avec une impossibilité d’identifier un sujet principal qui correspond peut être à une réelle absence. Pour d’autres cas encore, des ossements humains en position secondaire, situés dans de grandes fosses ou des fosses étroites de type silo, se superposent aux restes partiels et difficilement lisibles de sépultures primaires. Toutes ces observations nous amènent à élaborer de nouveaux modèles de fonctionnement pour ces structures funéraires. -
Predynastic Egyptian rock art as evidence for early elites’ rite of passage
L’art rupestre du Sahara égyptien, de la vallée du Nil et du désert oriental a maintes fois été interprété, de manière rétrospective, comme étant lié aux représentations pharaoniques par le biais de l’idéologie, la religion et même les composantes des fêtes pharaoniques telles que le Heb Sed (Červíček 1992-1993 ; Huyge 2002 ; Darnell 2009). Poursuivant cette réflexion, des auteurs ont également proposé de considérer les origines de la culture d’époque pharaonique comme descendant de celle des pasteurs ayant migré vers la vallée du Nil pour fuir l’environnement de plus en plus aride des régions sahariennes du Gilf Kebir et du Gebel Uweinat (D’Huy & Le Quellec 2009 ; Barta 2010 ; Caldwell 2013). Cette quête d’origines spécifiques semble ignorer les changements et dynamiques se manifestant dans le processus de formation de l’État en Égypte et lors des premières dynasties. Elle revient à faire entrer de force les éléments bien structurés du répertoire pharaonique dans un scénario culturel encore en gestation (Midant-Reynes 2000).Une approche fondée sur l’anthropologie sociale peut fournir un cadre d’étude approprié pour l’interprétation de l’art rupestre égyptien. Les formes de rituels obéissent à des conventions et des obligations telles, qu’elles révèlent les valeurs profondes des acteurs impliqués (Turner 1995). Ces derniers expriment dans le rituel leurs motivations premières, et leur comportement rituel est le reflet des préoccupations du groupe. Les rituels les plus fréquents, et également les plus largement partagés, sont ceux qui s’appliquent aux rites de passage. Ils marquent chaque changement de lieu, d’état, de position sociale et d’âge (Van Gennep 1909). Ce processus est si universel qu’il suggère une logique culturelle unique pour réussir la rencontre de l’homme avec le supernaturel (Garwood 2011). Cependant, en dehors de deux exceptions notables (Tilley 1999 ; Holl 2004), les rites de passage ont rarement été associés à l’interprétation de l’art rupestre et, plus étonnamment, à l’archéologie en général.Dans la perspective d’identifier potentiellement certaines scènes de rites de passage dans l’art rupestre préhistorique égyptien, il faut considérer le rôle crucial de la zone liminale. Dans cette zone, située entre le monde normé de l’ordre social et l’au-delà surnaturel, l’initié s’engage dans un dialogue avec le transcendantal ; il est alors confronté à l’intemporalité, à la sacralisation, et connecté avec la sublimité du cosmos dans un espace dépassant de loin l’échelle humaine. Les règles habituelles sont suspendues dans le domaine sacré et des formes monstrueuses, minimisées et/ou exagérées peuvent être générées. Avant tout, un rite de passage est un rite de passage (Turner 1995). L’acteur peut s’appuyer sur le pouvoir du royaume liminal, effectuant sa transformation en ré-entrant et en se ré-insérant dans un monde de normes sociales. Dans cet article, l’art rupestre de l’Égypte préhistorique – et en particulier du désert oriental – est présenté au travers de ce spectre analytique. Les pétroglyphes peuvent ainsi être replacés dans le processus par lequel les élites égyptiennes étaient légitimées après un voyage « au-delà », revenant en figures transformées et héroïques. Par conséquent, ils peuvent être analysés de manière synchronique ; un certain nombre de leurs caractéristiques – comme les traits exagérés de quelques représentations animales et l’intégration peu réaliste de bateaux dans des scènes de chasse – trouvent explication dans cette lecture. -
Premières données sur le matériel céramique de la nécropole mégalithique de Wanar (Sénégal)
Les fouilles menées depuis 2005 sur la nécropole mégalithique de Wanar, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, ont permis de caractériser la complexité des pratiques funéraires et des dispositifs architecturaux. Cet article présente les premières données concernant les céramiques issues des campagnes de fouille 2005 et 2008. Les positions stratigraphiques des poteries déposées en façade orientale de cercles mégalithiques sur plusieurs sites sont étudiées, amenant à une considération nouvelle de la durée d’utilisation de ces monuments. Enfin une interprétation est proposée pour une poterie découverte en 2005 à Wanar, notable de part sa taille, sa morphologie et probablement sa fonction. -
Présentation
Fondée par l’équipe Afrique de l’UMR 7041 du CNRS en 2001, Afrique : Archéologie et Arts est une revue annuelle dédiée à l’archéologie et aux arts d’Afrique. Elle rend compte de la diversité des cultures anciennes du continent en s’appuyant sur des disciplines connexes (géomorphologie, archéométrie...), privilégiant, pour l’étude des productions artistiques, les méthodes de l’histoire de l’art. Rattachée depuis 2022 à l’UMR 8068 - TEMPS (Technologie et Ethnologie des Mondes PréhistoriqueS), A... -
Preuve archéologique de l’augmentation et de l’effondrement de la population entre ~2500 et ~500 ans cal. BP en Afrique centrale occidentale
Des études paléoenvironnementales antérieures ont montré que des changements majeurs de la végétation et de l’environnement se sont produits en Afrique centrale à partir de l’Holocène moyen (ex. Maley & Brenac 1998). Plusieurs d’entre elles mettent en évidence une origine humaine et supposent que les grandes migrations de population, les innovations techniques (par exemple, la technologie de la fonte du fer) et/ou de nouveaux choix dans les pratiques agricoles, conduisant à la déforestation et au défrichement, sont les moteurs de ces changements. Cependant, à ce stade, l’absence de reconstitution démographique ne permet pas de soutenir pleinement ces hypothèses. Notre étude utilise une base de données archéologiques géoréférencées pour déduire la dynamique des populations et l’évolution des pratiques culturelles en Afrique centrale occidentale au cours des 5000 dernières années. Cette base de données comprend 1139 dates calibrées au 14C provenant de 425 sites – localisés dans le sud du Cameroun, au Gabon, en République du Congo, en Guinée équatoriale et dans la partie occidentale de la République démocratique du Congo –, remontant à un maximum de 5000 ans cal. BP. La modélisation des données indique une possible croissance de la population entre ~2500 et ~1500 ans cal. BP, coïncidant avec l’apparition à l’échelle régionale de techniques et de pratiques spécifiques. L’augmentation concomitante des fosses dépotoirs, des vestiges d’utilisation de palmier à huile Elaeis guineesis, l’apparition de rares restes de millet Pennisetum glaucum et la montée en puissance des vestiges de métallurgie du fer ont eu lieu pendant la seconde moitié du Néolithique, à partir d’environ 2800 ans cal. BP. Dans les régions côtières, la croissance de la population concerne le Néolithique et le début de l’âge du fer (2500-2000 ans cal. BP et 2000-1500 ans cal. BP), tandis que dans l’Hinterland cette croissance semble légèrement plus tardive (2400 et 1300 ans cal. BP). Il n’est pas possible d’identifier un phénomène commun de diffusion à partir d’un seul centre. Les innovations techniques et les nouvelles pratiques semblent plutôt s’être répandues à travers un large réseau d’interactions culturelles qui a favorisé la formation des sociétés d’Afrique centrale occidentale au cours du troisième millénaire avant notre ère. -
Processus d’urbanisation dans le Sahara mauritanien
L’objectif de ce travail était de mettre en parallèle l’étude urbanistique et architecturale de six cités mauritaniennes fondées à différentes époques du Moyen-Âge et ayant toutes eu un lien direct avec un processus majeur, le commerce transsaharien. Les villes de Chinguetti, Ouadane, Oualata et Tichitt furent créées aux alentours des xiie et xiiie siècles de notre ère, époque de pleine expansion du commerce. Les deux sites archéologiques de Kumbi Saleh et Tegdaoust, dont les dates de fondati... -
Quand l’archéologie de la vallée du Nil dialogue avec le reste de l’Afrique
Dans cette contribution introductive au cahier thématique sur l’archéologie et l’art de la vallée du Nil à l’Holocène ancien, les auteurs questionnent les frontières disciplinaires actuelles entre « archéologie africaniste » et « archéologie de la vallée du Nil », et, au-delà, entre ces derniers et « égyptologie/soudanologie ». Les trois articles présentés ici ouvrent de nouvelles voies pour un dialogue entre africanistes et nilotistes sur une région restée jusqu’à présent sous-représentée dans la revue Afrique : Archéologie & Arts. -
Quand la technique n’est plus là. Documenter la teinture à l’indigo au Nord Bénin (xixe-xxe siècles)
Élément essentiel d’une filière textile centrée sur le coton, la teinture à l’indigo était pratiquée dans des dizaines d’ateliers au Nord Bénin à la veille de l’occupation coloniale. L’activité a perduré durant la première moitié du xxe siècle, puis a amorcé son déclin jusqu’à disparaître complètement au début des années quatre-vingt-dix. Depuis 2011, je m’efforce de documenter les pratiques tinctoriales au Nord Bénin, par entretiens avec d’anciens teinturiers et visites des sites d’ateliers. L’objectif est de reconstituer les processus techniques, leur cadre socio-économique et leur trajectoire historique. Ces recherches s’intègrent depuis 2020 dans un projet plus ambitieux consacré à l’ensemble de la filière textile et destiné à produire des archives visuelles pour l’Endangered Material Knowledge Programme du British Museum. Dans cet article, je présente les principaux enseignements tirés des enquêtes de terrain, en me focalisant d’abord sur les méthodes mises en œuvre pour documenter une technique disparue et en donnant ensuite un aperçu des processus techniques et du contexte dans lequel se pratiquait la teinture à l’indigo. -
Quelles étaient les fonctions des plateformes de Djaba-Hosséré (Nord-Cameroun) ?
Au cœur de l’espace occupé par la chefferie (dìì) de Djaba au début du xixe siècle se dresse une vingtaine de plateformes aux fonctions énigmatiques. S’agit-il de tertres funéraires, de socles de cases ou, comme certains informateurs l’ont suggéré, de kpə̀’ə̀n, des édifices en relation avec l’exercice du pouvoir ? Dans la perspective de répondre à cette question, nous avons sondé l’un de ces tertres et cherché à en apprendre davantage sur les kpə̀’ə̀n en leur dédiant quelques enquêtes. Les travaux archéologiques engagés, combinés à l’information ethnographique, amèneront à privilégier l’une des hypothèses fonctionnelles formulées. Ils se montreront toutefois insuffisants pour éliminer les hypothèses alternatives. -
Quelques autres mémoires de master soutenus en 2012
Master 2 Jadiya Jalil Sid Emhamed : Approche méthodologique d’étude du site de peintures rupestres de « Cent mains » région du Zemmour au Sahara Occidental. Soutenu le 7 juin 2012. Master 1 Nexewa Mongolo Mololi : L’étude de l’art rupestre au Congo : Première approche. Soutenu le 5 juin 2012. Arnaud Jacobé de Goncourt : Étude sur le Paléolithique supérieur et l’Épipaléolithique cyrénéen (Libye). Soutenu le 6 juin 2012. Chérubin Missié Ngoulo : Recherches sur la métallurgie du fer au Congo : ... -
Quelques mémoires masters recherche soutenus en 2013
Master 2 Ernest Bassombi – Recherches archéologiques sur le Paléolithique du Congo dans la région de la Bouenza et étude des résultats. Chérubin Missié Ngoulou – Techniques de la métallurgie du fer dans le département de la Lekoumou (Congo) : des origines à nos jours. Nexewa Mongolo Mololi – L’étude de l’art rupestre au Congo : cas de la Bouenza. Arnaud Jacobé de Goncourt – Le Paléolithique moyen d’Afrique du Nord. Synthèse sur l’Atérien à partir du cas Libyen. Master 1 Megane Coelho – Les p... -
Recherche sur la préhistoire récente en République de Djibouti
Figure 1 - Localisation du site d’Asgoumhati © B. Poisblaud Les deux campagnes de fouilles réalisées en janvier (Poisblaud 2004) et octobre 2004 ont permis de découvrir un site important de la Préhistoire récente de Djibouti. Asgoumhati est en effet le site éponyme d’une nouvelle culture de la Corne de l’Afrique, l’Asgoumatien, dont le territoire s’étend maintenant sur une grande partie du nord-ouest de Djibouti. La découverte du site d’Asgoumhati date des prospections effectuées en 2001 da... -
Recherches archéologiques à Dungo (Angola)
Les sites de Dungo IV et V, au sud de Baia Farta, province de Benguela, en Angola, apportent des connaissances nouvelles sur le Paléolithique ancien de cette partie du pays. Si les modes de vie ne peuvent être évoqués à Dungo IV qu’à travers l’étude du matériel lithique, à Dungo V, de nombreuses pièces taillées ont été trouvées intimement mêlées au squelette d’une baleine. Cette association démontre, de manière indubitable, la pratique du charognage de mammifère marin à cette période ancienne du Paléolithique. Dans un contexte dépourvu de volcanisme, l’approche de la chronologie ne pouvait se faire qu’en s’appuyant sur des méthodes utilisant de nouveaux critères de datation. La méthode, présentée ici, est basée sur l’âge d’enfouissement des pièces lithiques de Dungo IV. Elle a permis de déterminer que ces pièces ont été enfouies il y a un à deux millions d’années. Il s’agit donc d’un Paléolithique très ancien. -
Recherches archéologiques à Tié (Kanem, Tchad) : fouilles du monticule 1
Contrairement aux recherches sur son histoire, les recherches archéologiques dans la région tchadienne du Kanem n’ont commencé que très récemment. À l’heure actuelle, les vestiges matériels les plus remarquables sont les ruines de sites en briques cuites destinés aux élites, dont certains sont manifestement associés au sultanat du Kanem-Borno et sont datés de la période du xie au xive siècle de notre ère. Parmi ceux-ci, le lieu nommé Tié se distingue par un certain nombre d’attributs particuliers. Composé d’une enceinte en briques cuites d’environ 3,2 hectares, l’emplacement occupe non seulement la position centrale au sein d’un groupe compact de onze sites plus petits dans le centre du Kanem mais c’est apparemment aussi le plus grand emplacement connu construit uniquement avec des briques cuites. En outre, le lieu possède certaines caractéristiques propres à l’occupation qui ne sont visibles sur aucun des autres sites étudiés à ce jour par les auteurs. Le monticule 1 présente de telles caractéristiques ; c’est le monticule le plus au sud de deux grands monticules de débris du secteur nord-est du site. Des fouilles archéologiques récentes révèlent que le monticule 1 cache les restes d’un énorme bâtiment de plusieurs pièces, en briques cuites, relativement bien conservé, aux murs intérieurs plâtrés. La structure a été érigée au plus tard entre le milieu du xiie et le milieu du xiiie siècle de notre ère et était encore utilisée entre le début du xive et le début du xve siècle. Bien que sa fonction reste floue et sujette à interprétation, la découverte confirme le statut particulier de Tié par rapport aux autres sites en briques cuites destinés aux élites dans la région. -
Recherches archéologiques au « Petit-Brûlé » à l’Île de la Réunion
Dans le cadre de ce mémoire, nous avons réalisé une étude détaillée d’une collection de vestiges archéologiques issus de fouilles sur un site d’habitat d’époque récente (xix-xxe siècles) situé à Sainte-Rose, Île de la Réunion. Le chantier de fouilles s’est déroulé sur trois semaines en août 2006 sous la direction de Manuel Gutierrez, maitre de conférences à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Faisant suite aux travaux de notre mémoire de maitrise, l’étude a porté sur le matériel issu d...